Médaille de l’incident de Chine
Pays
JAPON
Médaille de l’incident de Chine
Cette décoration est une médaille de service qui a été créée par décision impériale n° 496 du 27 juillet 1939. Tout d’abord initiée pour l’incident frontalier du pont Marco Polo le 7 juillet 1937 entre les forces chinoises et japonaises, son port est ensuite étendu à tous les militaires japonais qui ont combattu en Chine jusqu’en 1945.
La médaille mesure 30 mm. L’avers du module montre un oiseau qui s’appelle yata-no-karasu, un corbeau rouge géant qui était censé guider l’armée du premier empereur, Jimmu, à travers les montagnes. Le mythe dit que le corbeau avait trois pattes, mais pour une raison inconnue l’oiseau n’a que deux pattes sur la médaille. En dessous on distingue le drapeau du Soleil Levant et au-dessus, le chrysanthème impérial.
Sur le revers sont gravés des montagnes, de l’eau en bas et des nuages stylisés. Lues de gauche à droite, les quatre caractères signifient “incident de Chine”.
L’agrafe posée sur le ruban se traduit par “médaille du service militaire”. La couleur bleue symbolise la mer et la marine impériale; le beige la terre et l’armée de terre; le rose le sol ensanglanté de Chine; le rouge le sang et la fidélité.
Un amendement a été promulgué par l’édit impérial n° 418 en 1944, et la décoration a été abolie en 1946 par l’ordonnance gouvernementale n° 177.
Contexte historique (source La revue des Deux Mondes)
Le 7 juillet 1937 au soir, à seulement seize kilomètres de Pékin en Chine septentrionale, des soldats japonais s’entraînent comme chaque nuit au bout du pont Marco Polo (le pont de Lugou, bâti au douzième siècle, que Marco Polo rendit célèbre en le décrivant avec émerveillement dans son journal). Mais cette fois-ci, les manœuvres ont été exécutées sans préavis, ce qui alarme les soldats chinois présents de l’autre côté du pont. De brefs et inefficaces coups de feu sont échangés à vingt-trois heures, avant que la situation ne soit clarifiée par les supérieurs des deux bords.
L’incident aurait pu en rester là, mais les soldats japonais constatent subitement que l’un d’entre eux a disparu. Ils suspectent un enlèvement et demandent l’autorisation d’aller fouiller les villages chinois alentour. Cette autorisation leur est refusée par les Chinois, puis les malentendus s’enchaînent. Les deux bords font venir des renforts en prévision d’un affrontement. La situation dégénère rapidement et les Japonais finissent par lancer l’assaut sur le pont. Après une courte et violente escalade, la guerre est officiellement déclarée le 28 juillet. Dès le 7 août, la ville de Pékin est prise par les Japonais.
Il est probable que l’incident ait en fait été planifié afin que le Japon puisse se saisir d’un prétexte pour lancer l’invasion. Le soldat manquant, dont la disparition se trouvait à l’épicentre de l’escalade entre les deux camps, fut par ailleurs retrouvé parfaitement sain et sauf, à son retour de la maison de passe dans laquelle il s’était offert une virée – croyait-il discrète.
Ce rocambolesque quiproquo – ou ce rocambolesque coup monté – est le déclenchement d’une guerre sino-japonaise devenue inévitable, qui multipliera les atrocités comme la mutinerie de Tonghzou et le massacre de Nankin. Elle sera alimentée par une propagande lénifiante et acharnée diffusée par les deux parties. Elle compromet l’Empire du Japon dans de multiples crimes de guerre, implique des puissances étrangères telles que l’Allemagne nazie, l’URSS et le Royaume-Uni dès la première année, et durera huit ans, jusqu’à la capitulation du Japon en 1945 après le double bombardement atomique d’ Hiroshima et de Nagasaki, pour un bilan approximatif de plus d’un million de morts du côté japonais, et de quinze à vingt millions de morts du côté chinois.
